American Horror Story saison 6: Aux sources du genre


American Horror Story

@FX Networks

La série avait perdu son H. Au fil des ans, American Horror Story a peu à peu délaissé l’épouvante au profit du glauque, du malsain et du freak. Les dernières saisons étaient des fresques où l’on suivait les parcours parallèles d’individus plus ou moins liés par un destin commun. Au bilan, des personnages charismatiques à la personnalité fouillée, mais une intrigue principale souvent décousue et pas très horrifique. Un choix artistique qui s’était fait sentir sur les audiences de la saison 5, Hotel, légèrement en baisse. Roanoke, la sixième saison de la série anthologique, s’est achevée la semaine dernière aux USA sur un meilleur score que celui de sa prédécesseure. L’explication ? La saison 6  prend à revers tous ceux qui s’attendaient à observer placidement une galerie de créatures toutes plus étranges les unes que les autres.

Roanoke narre ainsi sous la forme d’un docu-fiction l’histoire de Shelby et Matt Miller, de jeunes mariés s’installant dans une ancienne ferme au cœur d’une forêt de Caroline du Nord. Très vite, les esprits d’une ancienne colonie britannique vont leur faire comprendre qu’ils sont loin d’être les bienvenus. Le format choisi donne l’impression de regarder un épisode de l’émission Paranormal Witness (Phénomène Paranormal sur Numéro 23), cette série de documentaires relatant des évènements étranges basés sur des faits prétendument réels. Toutes les règles du genre y sont reproduites: témoignages face-caméra, reconstitutions des scènes par des acteurs, coupures publicitaires angoissantes… Les épisodes suivent ce modèle jusqu’à la mi-saison et se transforment ensuite en un sanglant mélange de Paranormal Activity et Secret Story. Le procédé bien rodé permet d’accentuer l’immersion du téléspectateur dans le récit. Les monstres peuvent surgir de derrière la caméra, acteurs et victimes réelles se confondent et plus personne, pas même la société de production, ne contrôle la situation.

L’intrigue profite aussi du raccourcissement de la saison, passant de 12 à 10 épisodes. Les showrunners Ryan Murphy et Brad Falchuk ont ainsi pu se concentrer sur le développement dramatique de ce huis-clos sanglant, en forme d’hommage à ces classiques du film d’horreur où un seul survivant peut témoigner de l’histoire.

American Horror Story

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En parallèle, les auteurs poursuivent leur critique plus ou moins subtile de la société du spectacle. Après le monde du cirque (Freak Show)  et la mode (Hotel), c’est la docu-fiction et la télé-réalité qui sont ici pointées du doigt. Lorsque les protagonistes sont incités à retourner à Roanoke en seconde partie de saison, American Horror Story pose la question des limites de ce qu’est capable de produire la télévision. Et interroge notre propre voyeurisme. Que sommes-nous capables d’accepter comme divertissement ?

Roanoke est une excellente saison, l’une des meilleures avec Asylum, Il lui manquera peut-être pour faire aussi bien que cette dernière des personnages secondaires plus développés, mais c’était probablement le prix à payer pour une tension narrative aussi relevée. Les prochaines saisons seront-elles du même acabit  ? Pas sûr, Ryan Murphy ayant annoncé que la septième sera l’occasion de retrouver certains personnages du Freak Show, l’un des opus les moins portés sur les sueurs froides. À vérifier en septembre 2017.

American Horror Story: Roanoke (10 épisodes). FX Networks.

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