Black Mirror saison 3: Le pessimisme a du bon 1


Black Mirror

@Netflix

Dans un futur proche, la vie sociale et professionnelle est régie par un système de notations. Chacun est évalué par ses pairs sur une vaste palette de critères : photos postées sur les réseaux sociaux, qualité des conversations, tenue vestimentaire, politesse… Une mauvaise moyenne vous interdira l’accès à certains lieux et services tandis qu’une bonne vous ouvrira les portes de l’élite. Lorsqu’une jeune employée modèle et ambitieuse voit sa note chuter inexorablement, l’hystérie va vite prendre le dessus…

Voici le genre d’histoire que l’on peut retrouver dans la troisième saison de Black Mirror. Anthologie d’anticipation, chaque épisode est un récit indépendant qui met en scène un avenir où notre rapport avec la technologie et les écrans n’a pas que des effets bénéfiques, bien au contraire.

La série débarque en 2011 sur la britannique Channel 4. Cette première cuvée de trois épisodes voit entre autres un Premier ministre condamné à coucher avec un porc devant les caméras du monde entier afin de sauver une princesse kidnappée. Un succès critique fracassant qui lui vaudra un International Emmy Award en 2012 pour la meilleure mini-série. S’en suivra une deuxième saison en 2013 et un Christmas Special fin 2014 avec Jon Hamm (Mad Men). Depuis, plus rien. Jusqu’à ce que Netflix décide en septembre 2015 de racheter la série et de commander douze épisodes à son créateur et showrunner Charlie Brooker. Diffusée depuis le 21 octobre dernier, cette troisième saison n’en comporte finalement que six, la suite étant regroupée dans une future saison 4. Ne boudons pas notre plaisir, cette première moitié est une réussite.

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Black Mirror mélange les genres. Polar, romance, horreur et comédie se croisent tour à tour au service d’une même cause:  l’angoisse du futur. Le Britannique Charlie Brooker, ex-journaliste et animateur TV, est un inquiet et il le revendique. Au fil des épisodes, le scénariste pousse à l’extrême les récentes évolutions technologiques pour en dénoncer les travers. Les réseaux sociaux, la réalité virtuelle, les drones ou encore le transhumanisme sont des thèmes récurrents de la série. Que se passerait-il si les campagnes de haine virtuelle envers quelqu’un avaient un impact direct sur la vie de cette personne? Si un jeu vidéo devenait immersif au point de devenir mortel? Si l’on pouvait programmer les militaires? Autant de questions que pose le show et qui contaminent le spectateur.

 À l’heure où le milliardaire Elon Musk rêve d’une colonisation de Mars, la série aide à garder les pieds sur Terre. Car il s’agit d’une science-fiction ancrée dans le réel, parfois quasi-prophétique, loin d’un Star Trek utopique où l’humanité se serait unifiée sous une seule bannière. Black Mirror est là pour alerter sur notre futur à moyen terme, pas pour permettre une évasion vers un siècle indéfini. Pour cela, la série doit convaincre le spectateur que ce qu’il voit pourrait être son quotidien dans quelques années. Ce réalisme s’illustre dans le décor très contemporain de l’univers, des centres urbains semblables aux nôtres avec leurs bureaux, leurs centres commerciaux et leurs bars. Le diable du futurisme est dans les détails, comme ces voitures autonomes et électriques rentrées dans les mœurs ou ces lentilles de contact qui feraient rougir de honte les Google Glass.

Shut Up and Dance, pépite d’humour noir dans lequel un adolescent est victime d’un chantage virtuel, pourrait malheureusement se dérouler aujourd’hui. De son côté, le polar Hated in the Nation laisse espérer que nous avons encore quelques années avant de voir apparaître des abeilles robotiques transformées en nuées de tueuses par un cybercriminel. N’est-ce pas ? Il y a un plaisir masochiste à regarder Black Mirror, celui de se faire peur en pensant à demain. Mais aussi une pointe de narcissisme, comme pour pouvoir dire « Oh, c’est ce qui s’est passé ? Rien d’étonnant, Black Mirror l’avait prévu ».

Black Mirror saison 3 (6 épisodes). Netflix.


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